Appartenant à une nouvelle génération de réalisatrices comprenant notamment Clara Roquet, Elena López Riera et Celia Rico, Carla Simón s’est imposée ces dix dernières années comme l’une des cinéastes les plus en vue du cinéma espagnol. Après avoir remporté l’Ours d’or à la Berlinale avec Nos soleils, elle présente Romería, un film intime et fascinant que l’on peut considérer à ce jour comme son Everest cinématographique. Avec ce troisième long métrage, la réalisatrice nous plonge dans l’été de Marina, une jeune femme de 18 ans adoptée depuis l’enfance et en quête de l’histoire de ses parents.


Le troisième volet d’un triptyque sur l’histoire familiale

Tout commence par une démarche administrative liée à ses études supérieures. Marina, véritable alter ego de la réalisatrice, a besoin d’un document d’état civil pour demander une bourse. Dans ce contexte, elle contacte la famille de son père, décédé lorsqu’elle était enfant. Elle décide alors de se rendre à Vigo, ville côtière située en Galice, et accepte l’invitation de ses oncles à passer l’été avec eux.

Romería peut être considéré comme le troisième volet d’un triptyque. Après Été 93, récit de la construction d’une famille adoptive et Nos soleils, dans lequel Carla Simón se penchait sur les racines paysannes de sa famille maternelle, elle explore avec Romería la mémoire familiale. La protagoniste y part en quête d’un passé enfoui qu’elle a besoin de connaître pour aller de l’avant.

Dans ce film, la cinéaste barcelonaise explore à nouveau l’histoire familiale : “Les relations familiales me fascinent parce que nous ne les choisissons pas. […] Romería est un film sur la mémoire, sur ces moments familiaux que nous ne saisirons jamais complètement”, explique-t-elle ainsi.

Image du film Romería de la réalisatrice Carla Simón
Image du film Romería © Quim Vives – Elastica Films

Entre le réel et l’allégorie

Dans Romería, Carla Simón fait dialoguer deux univers bien distincts. La première partie, marquée par le réalisme, se concentre sur la rencontre entre Marina et cette famille méconnue, soucieuse de préserver les apparences et son statut bourgeois conservateur et bien-pensant. Seul son oncle Iago, véritable mouton noir de la famille, apporte à Marina un peu de chaleur et de compréhension et finit par lui fournir quelques réponses aux questions qu’elle se pose.

Le film bifurque alors vers une dimension plus allégorique. Confrontée au silence et au manque d’informations, la protagoniste se voit contrainte de recomposer, par l’imaginaire, les zones d’ombre du passé de son père, et par ricochet, celui de sa mère. Un passé que nul ne souhaite évoquer, notamment les grands-parents, garants de la tradition.

Dans cette seconde partie, l’histoire contemporaine du pays défile aussi sous nos yeux. En effet, avec la transition démocratique des années 1980, un vent de liberté et d’émancipation a soufflé sur l’Espagne et au cœur de la Movida, la jeunesse s’est détachée des valeurs catholiques et conservatrices.

Image du film Romería
Image du film Romería © Quim Vives – Elastica Films

Cependant, cette période de liberté s’est aussi accompagnée d’une montée en puissance de la consommation d’héroïne, conduisant l’Espagne à afficher l’un des taux de mortalité liés au SIDA les plus élevés d’Europe. Pour autant, ces trajectoires de vie et les drames qui y sont liés ont été le plus souvent passés sous silence.

À travers cette jeune femme tout à la fois fragile et combative, Carla Simón explore le poids du traumatisme, la quête des origines et l’importance de la mémoire. L’interprétation dénuée de pathos de Llúcia García, qui se glisse avec une remarquable précision dans la peau de Marina, confère au personnage une puissance discrète, mais infiniment saisissante.

Bande-annonce Romería de la réalisatrice Carla Simón (2026)

Crédits photos : Quim Vives Elastica Films (photo de couverture)


FICHE DU FILM


Affiche du film Romería
Affiche du film Romería de Carla Simón (2026)
  • Titre original : Romería
  • De : Carla Simón
  • Avec : Llúcia García, Mitch, Tristán Ullloa
  • Date de sortie : 8 avril 2026
  • Durée : 1h55
  • Distributeur : Ad Vitam Distribution