En tant qu’Européens et membres de l’espace Schengen, nous les franchissons quasiment sans nous rendre compte lors de nos déplacements dans l’UE. Pourtant, selon la nationalité ou l’origine, elles peuvent se révéler infranchissables. Mettant en valeur le travail de terrain de géographes et de chercheurs, Frontière propose des clés de compréhension et d’analyse de ces « bordures » qui structurent le monde dans lequel nous vivons. Une exposition en tout point passionnante !


S’interroger sur la notion de frontière

Lorsqu’on réfléchit à la notion de frontière, plusieurs définitions sont possibles selon le domaine d’étude. Comme l’explique la professeure à l’Université Grenoble Alpes Anne-Laure Amilhat Szary dans une vidéo conçue pour l’exposition, plusieurs définitions du concept de frontière sont possibles. On peut ainsi parler de frontières administratives, historiques, politiques ou géographiques. Cependant, même lorsqu’elles s’appuient sur des éléments naturels comme une montagne ou un fleuve, elles restent des constructions artificielles issues de représentations humaines.

Une autre caractéristique à prendre en compte est le caractère contingent des frontières : elles peuvent en effet varier dans l’espace et dans le temps. Il suffit d’observer l’histoire pour constater que les frontières évoluent. 

D’un point de vue étymologique, en français, le terme « frontière » renvoie à l’idée de confrontation, tandis qu’en anglais, le mot border désigne plutôt à une ligne physique, à l’idée de démarcation. On perçoit déjà, à travers ces mots et leurs significations, combien notre représentation de l’espace est façonnée par le langage.

Du point de vue du droit, une frontière marque l’application d’un système juridique spécifique et le fait de pouvoir obtenir le droit d’asile en dépend. La frontière peut ainsi s’avérer être une source de violence, de précarité et même d’extrême solitude. On peut également analyser la frontière par le prisme du genre en se posant la question de la place qu’y prennent les femmes, prenant alors en considération le nombre élevé de féminicides à la frontière entre le Mexique et les États-Unis ou encore les violences en direction de la communauté LGTBQIA+.

Image de l'exposition Frontière
Image de l’exposition Frontière © A. Robin

Une plongée dans les frontières actuelles

Sans prétendre à l’exhaustivité, l’exposition choisit de se concentrer sur des exemples concrets et des études de cas qui mettent en évidence toute la complexité et l’étendue de la question. Elle propose au visiteur de partir à la découverte de différents lieux dans le monde marqués par la singularité de leurs frontières.

Tout d’abord, la Cité des Sciences et de l’Industrie explore l’emblématique frontière entre le Mexique et les États-Unis (Mexique–États-Unis : la frontière XXL). Cette frontière révèle un profond paradoxe : elle est tristement connue pour les violences subies par les migrants tout en étant l’un des points de passage les plus fréquentés au monde, tant pour les personnes que pour les marchandises, générant ainsi une richesse économique importante.

Image de l'exposition Frontière
Image de l’exposition Frontière © A. Robin

En effet, tout au long de cette frontière se trouvent de nombreuses cliniques de chirurgie esthétique ainsi que des cabinets dentaires où de nombreux Américains se rendent, de même que des usines, connues sous le nom de maquiladoras, implantées par des entreprises américaines pour produire à bas coût pour le marché américain.

Une autre région moins connue abordée par l’exposition est la frontière entre le Venezuela et la Colombie. Il s’agit d’un espace marqué par une forte instabilité où des gangs et des groupes armés imposent leur loi sur le terrain.

Frontière s’intéresse également au cyberespace, où des formes de frontières existent également. L’exposition met en lumière la réalité matérielle des infrastructures — câbles et réseaux — habituellement invisibles à nos yeux. Le dispositif central repose sur une carte interactive, réalisée par l’Institut français de géopolitique (IFG) et présentée pour la première fois au public qui dévoile le réseau mondial des câbles terrestres et sous-marins.

Concernant l’Europe, l’exposition propose une réflexion sur ses frontières à travers deux thématiques bien distinctes intitulées L’Europe, un projet de paix et L’Europe, des frontières mortelles.

L’exposition met également l’accent sur d’autres frontières à travers le monde : celle entre la Géorgie et la Russie, empreinte de fortes tensions géopolitiques, en particulier autour des régions de L’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.

Autre frontières incontournables, celle entre la Corée du Nord et la Corée du Sud ainsi que celle entre le Cameroun et la République centrafricaine qui connait depuis les années 2000 un fort afflux de réfugiés en direction du Cameroun, ou encore celle entre le Niger et l’Algérie, située au beau milieu du désert du Sahel, que des orpailleurs nigériens franchissent clandestinement pour extraire de l’or.  

Une exposition qui rappelle l’importance de la géographie et dans laquelle prennent tout leur sens les mots des commissaires Astrid Aron et Maud Gouy : « La géographie est une discipline profondément humaine et plurielle, qui permet de comprendre le monde ainsi que la vie des personnes qui l’habitent. »

Crédits photo principale : Exposition Frontière © A. Robin


INFORMATIONS PRATIQUES


Image de l'exposition Frontière
Image de l’exposition Frontière © A. Robin
  • TITRE : Frontière
  • LIEU : Cité des Sciences et de l’Industrie
  • ADRESSE : 30, avenue Corantin Cariou 75019 Paris
  • HORAIRES : De 10 h à 18 h du mardi au samedi et de 10 h à 19 h le dimanche
  • DATES : jusqu’au 2 janvier 2028
  • ENTRÉE : 12 – 15 €
  • RENSEIGNEMENTS : Cité des Sciences et de l’Industrie