Lila Downs, Julieta Venegas, Silvana Estrada…S’il est un pays qui ne manque pas de chanteuses de grand talent, c’est bien le Mexique. Depuis maintenant 20 ans, Natalia Lafourcade fait partie intégrante de cette nomenklatura et marche avec assurance dans les pas de ses plus illustres aînées. À l’instar des standards écrits en leur temps par Chavela Vargas ou Lhasa, nombre des chansons qu’elle a composées pour son nouvel album, De Todas Las Flores, résonnent déjà comme des classiques.


Une artiste protéiforme

Créative et versatile, l’auteure-compositrice mexicaine s’est aventurée au fil de sa carrière sur de nombreux territoires musicaux. De la pop latine et de la bossa nova chaloupée de son premier album éponyme aux arrangements symphoniques de Las 4 Estaciones del Amor, de la chanson folk sud-américaine de Musas 1 et 2 (2017) à la pop flamboyante de Recuérdame, titre phare du long-métrage d’animation Coco (2017), Natalia Lafourcade est une authentique touche-à-tout qui n’a pas son pareil pour conjuguer sonorités mainstream et expérimentation.

De Todas Las Flores, son nouvel album studio, en est la parfaite illustration.

De Todas Las Flores, cinquante nuances de talent

Tout démarre par une interrogation. Nous sommes-nous trompés de disque ? Des enceintes s’échappent d’introspectives et mélancoliques harmonies de violoncelle qui nous plongent irrémédiablement dans un univers ponctué de caméras 16mm et de travellings avant. Si dans cet album, il est question de fleurs, tout commencerait par un Barry Lyndon contemplant le cœur lourd une rose de la propriété qu’il s’apprête à quitter pour toujours. Il y a du Haendel, dans ces harmonies… mais voilà que, déjà, la canción mexicana pointe à l’horizon. Épurée jusqu’à l’os, Vine solita déploie alors sa nostalgie mortifère armée seulement de quelques accords de guitare acoustique, d’une guitare bluesy et de subtils contrepoints au piano. Et il y a cette voix, profondément incarnée, qui vous parle instantanément.

portrait de la chanteuse mexicaine Natalia Lafourcade
Natalia Lafourcade © Maureen M. Evans

Un titre d’ouverture exceptionnel, dont les secrets d’alchimiste se révèlent à la lecture des notes intérieures de la pochette du disque.

Au piano, Dorantes, pilier du flamenco jazz dont les arabesques harmoniques nous ont maintes fois fait chavirer.

À la guitare électrique, le génial Marc Ribot, qu’on ne vous fera pas l’offense de vous présenter.

Enfin, derrière la console, l’acteur, musicien et producteur Adan Jodorowsky, jouant à fond la carte de la sobriété mais n’hésitant pas pour autant à faire des choix forts en termes de production.

Une véritable dream team à mettre au crédit de Natalia Lafourcade. S’il est un talent crucial en musique, c’est peut-être celui de bien savoir s’entourer…

De Todas Las Flores nous embarque alors pour un saisissant voyage au cours duquel les mille et une facettes de la chanteuse mexicaine vont se révéler. De la nostalgie gracieuse de De Todas Las Flores aux rêveries andines de Pajarito Colibrí, de l’oisiveté tropicale de María la Curandera aux sucreries pop d’El Lugar Correcto, Natalia Lafourcade brasse une multitude de styles avec un invariable talent.

Vidéo de De Todas Las Flores de Natalia Lafourcade (2022)

Mais c’est surtout sur les chemins les moins balisés de la doxa musicale qu’elle force le plus l’admiration. En témoigne le renversant Muerte qui, au terme de six minutes de folie créative, réussit le tour de force d’embarquer dans sa course le desert rock et les harmonies mariachis de Calexico, le piano cubanisé de Chucho Valdés et une section de cuivres incendiaire échappée de l’Art Ensemble of Chicago. Du grand art.

De Todos Las Flores s’affirme ainsi comme un nouveau sommet discographique dans la riche carrière de Natalia Lafourcade.


FICHE ALBUM


pochette album de todos las rosas Natalia Lafourcade
Album De Todos Las Flores – Natalia Lafourcade (2022)