Elle a réalisé un véritable exploit, faire du cinéma à Haïti pour ensuite le présenter au festival de Cannes ! Après Freda, portrait d’une jeune femme courageuse qui se bat pour survivre et rester dans son pays, la réalisatrice haïtienne Gessica Généus présente Marie Madeleine, un film qui suit la rencontre entre une prostituée et un homme d’Église et qui s’affirme comme une réflexion avisée sur la liberté et la religion.


Une exploration de la liberté

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix la liberté de ceux qui s’affaissent au cachot du désespoir. » Ces vers du poète haïtien Aimé Cesaire, qu’il écrivait en 1939 dans Cahier d’un retour au pays natal, traversent le cinéma de Gessica Généus. Les films de la jeune cinéaste dévoilent au spectateur des personnages qui évoluent dans une île où la violence et la manque des perspectives sont monnaie courante. Un cinéma qui témoigne d’une réalité difficile, tout en laissant apparaître une volonté de résister et de vivre.

Ainsi, dans son deuxième film, la jeune cinéaste met en scène l’histoire de Marie Madeleine, une prostituée interprétée par la réalisatrice elle-même. Cette femme, en dépit des circonstances, vit sa vie à sa manière et jouit d’une certaine liberté à laquelle elle est très attachée. Lorsque Marie Madeleine fait la connaissance de Joseph (Beonard Monteau), un jeune évangéliste fils d’un prêtre et qui se pose des questions sur sa foi, la jeune femme essaiera de l’aider, dans sa quête de liberté, à trouver sa place dans le monde.

Image du film Marie Madeleine
Image du film Marie Madeleine © Pyramide Distribution

L’emprise de la religion 

Dans ce film aux références bibliques, où les couleurs, les corps et les sonorités nous plongent pleinement dans l’univers caribéen, il est également question de religion. Gessica Généus a choisi des prénoms bibliques pour ses personnages afin de montrer à quel point la société haïtienne est imprégnée de spiritualité et comment ses habitants vivent, pour la plupart, dans une sorte de syncrétisme religieux entre culture vaudou et catholicisme.

Image du film Marie Madeleine
Image du film Marie Madeleine © Pyramide Distribution

Mais la cinéaste va plus loin et pointe du doigt le prosélytisme religieux ainsi que l’emprise de la religion sur une partie de la population. Pour mettre en lumière cette réalité, elle s’appuie sur le personnage de Jacques (Édouard Baptiste), le père de Joseph, un prêtre protestant prêt à tout pour trouver des fidèles. À travers ce personnage, Gessica Géneus questionne la place de la religion dans la société haïtienne et les dérives auxquelles elle peut conduire.

La réalisatrice explique, ainsi : « La religion, c’est toute sa vie, c’est ce qui l’anime et l’inscrit dans la société. Dans sa structure de pensée, comme dans celles de nombreux Haïtiens, il lui faut bien agir pour aller au ciel. Comme il est communément admis que, dans cette vie-là, rien ne s’arrangera, autant s’en assurer une meilleure dans l’au-delà. Et, si quelqu’un fait entrave à cette vision des choses, il faut l’éliminer à tout prix. »

Bande-annonce du film Marie Madeleine de Gessica Généus

Crédits photos : Pyramide distribution (photo de couverture)


FICHE DU FILM


Affiche du film Marie Madeleine
Affiche du film Marie Madeleine de Gessica Généus (2026)
  • Titre original : Marie Madeleine
  • De : Gessica Généus
  • Avec : Gessica Généus, Beonard Monteau, Edouard Baptiste
  • Date de sortie : 21 octobre 2026
  • Durée : 1h44
  • Distributeur : Pyramide Distribution