Plus de 20 ans après La libertad (2001), son premier long métrage, Lisandro Alonso retrouve Misael Saavedra, le bûcheron de la Pampa argentine pour un deuxième volet intitulé La libertad doble. On le retrouve là où on l’avait laissé, au cœur de cette forêt où il vit toujours seul, muni de sa hache, passant ses journées à abattre des arbres. Un film qui invite à prendre le temps, à se poser et à réfléchir… et c’est précisément ce qui fait tout son sel et sa beauté.
Un rythme et une sensibilité hors du commun
Il y a quelque chose de profondément à contre-courant entre le monde dans lequel nous vivons et le cinéma de Lisandro Alonso. Le cinéaste a cette capacité à saisir le temps, à se l’approprier comme s’il s’agissait d’une véritable matière physique. Dans La libertad doble, sa caméra s’attarde sur les arbres, les animaux errants et plus généralement sur cette nature, comme figée, qui étreint son personnage principal. Alonso prend également soin de filmer le quotidien de Misael, ses gestes répétitifs lorsqu’il coupe du bois, ainsi que les rares conversations qu’il entretient avec les autres personnages.
En sublimant par sa photographie les paysages de la Pampa, le film adopte une approche naturaliste, à tel point que l’on a parfois l’impression de regarder un documentaire plutôt qu’une fiction. Pourtant, il s’agit bel et bien d’une fiction, portée par des images hypnotiques et un récit d’une grande précision.
Cette façon d’appréhender le temps n’est pourtant, chez lui, ni préméditée, ni le fruit d’une longue réflexion. « Je ne pense pas en termes de cinéma lent ou rapide. Je m’applique seulement à fabriquer et réaliser les films qui sont en moi et qui correspondent à mon rythme et à ma sensibilité, ma façon d’observer et d’absorber ce qui m’entoure. », explique-t-il.

La question de la liberté
Comme l’indique le titre du film, la question fondamentale de la liberté traverse La libertad doble. Misael, qui vit loin de tout en ermite, semble heureux au sein d’une nature omniprésente dans son quotidien de bucheron. Avec l’arrivée de Micaela, la sœur de Misael, Lisandro Alonso montre à quel point cette notion peut varier d’un individu à l’autre, mais aussi combien elle demeure fragile.
Micaela, qui souffre de troubles psychiatriques et sort d’une période d’internement, semble s’épanouir dans la simple contemplation des arbres, au contact de leurs feuillages ou en observant le déplacement des insectes dans une sorte de mysticisme sensoriel.
Mais on en vient rapidement à se demander si quelqu’un qui ne possède rien et ne dépend que de sa force du travail, comme Misael, est véritablement libre, ou encore, dans quelle mesure une personne souffrant de troubles psychiatriques comme Michaela, peut l’être…
Mais une chose est sûre : pour Misael, la liberté dont il jouissait jusqu’alors semble s’être envolée avec l’arrivée de sa sœur, dont il doit désormais s’occuper.

Ici, la réalité politique et économique de l’Argentine marquée par les politiques d’austérité, comme la fermeture partielle des structures psychiatriques, fait irruption dans la fiction, bouleversant le quotidien des personnages.
Crédits photos : Météore Films (photo de couverture)
FICHE DU FILM

- Titre original : La libertad doble
- De : Lisandro Alonso
- Avec : Misael Saavedra, Catalina Saavedra
- Date de sortie : 25 novembre 2026
- Durée : 1h40
- Distributeur : Météore Films





