À deux pas des Folies Bergère, un restaurant familial venu de La Corogne défend avec fierté les recettes galiciennes les plus authentiques. Rencontre avec une maison qui a fait de la tradition son étendard — et de Paris sa nouvelle conquête.
Une histoire profondément familiale née en Galice
Pour comprendre La Penela de Paris, il faut remonter aux origines de cette aventure gastronomique. Tout commence loin de la capitale française, dans le village de Coirós dans la région de Betanzos. C’est là que la première génération de la famille Barallobre tient une modeste taverne de campagne.
La fille de la maison, Doña María, grandit entre les tables et les odeurs de cuisine. Institutrice de formation, elle finit par reprendre la taverne avant d’ouvrir son propre restaurant. C’est un succès. Très vite, l’adresse attire de nombreux clients venus de La Corogne, notamment le week-end, pour déguster une cuisine galicienne traditionnelle.
Le nom du restaurant, quant à lui, est directement lié au lieu, penela signifiant « peña » ou « petite colline », en référence à celle où la famille a pris ses premières racines.

Le succès à La Corogne
En 1992, l’aventure prend une nouvelle dimension avec l’ouverture d’un établissement sur la célèbre Plaza María Pita, poumon central de La Corogne. La vision entrepreneuriale de Doña María y joue un rôle clé.
« Elle a toujours été la grande ambassadrice de la maison, toujours en salle pour accueillir les clients. Elle se sent très à l’aise dans ce rôle », nous confie María Souto depuis le siège du groupe en Galice.
À l’époque, deux restaurants mythiques de Betanzos ferment leurs portes. Doña María recrute alors deux cuisinières expertes en cuisine locale, notamment la fameuse tortilla de Betanzos, qui deviendra l’un des plats signatures de l’établissement.
La philosophie de la maison est claire : recettes traditionnelles, produits de première qualité et service attentif dans des lieux chaleureux.
Au fil des années, l’entreprise familiale se développe. En 2000, la famille acquiert un pazo (grand manoir traditionnel galicien, NDLR) destiné à l’organisation d’événements. En 2006, La Penela ouvre à Madrid, rue Velázquez. Suivront Barcelone en 2018 puis Paris en 2022, la première implantation internationale du groupe.
Pourquoi Paris ? « D’un côté pour sa proximité géographique, et de l’autre pour sa proximité culturelle : il y a beaucoup d’Espagnols qui vivent à Paris. La famille avait le rêve d’exporter la gastronomie galicienne. Et quelle clientèle plus exigeante que la clientèle parisienne ? », nous confie María Souto.
Si la cuisine espagnole est bien connue en France, elle reste souvent associée aux tapas, au jambon ibérique ou à la paella. L’ambition de La Penela est de faire découvrir toute la richesse de la cuisine du nord de l’Espagne, et plus particulièrement celle de la Galice.
Un restaurant entre bistrot parisien et tradition galicienne
C’est dans le 9ᵉ arrondissement, à quelques pas de la mythique salle des Folies Bergère, que La Penela a posé ses valises.
Le quartier ? Vivant, gourmand, dynamique.
Le local ? Un coup de foudre.
« Il possède une atmosphère de bistrot français tout en conservant l’esprit classique que l’on retrouve dans nos autres restaurants. C’est un classicisme renouvelé », explique María Souto.

L’intérieur marie avec élégance la sobriété des restaurants espagnols à la convivialité chaleureuse du bistrot parisien. Une alliance qui s’impose d’elle-même dès que l’on pousse la porte.
La Galice dans l’assiette — jusqu’à la dernière pomme de terre
La qualité des produits et une logistique exigeante sont au cœur de l’authenticité de la cuisine de La Penela. Poissons, fruits de mer et crustacés proviennent directement des marchés et des ports galiciens. Même les pommes de terre utilisées pour la tortilla sont de variété Kennebec, indispensables à la recette traditionnelle de Betanzos.
Et cette tortilla, justement, est sans conteste la star de la maison. Coulante, généreuse, préparée selon la recette traditionnelle de la ville, elle a été saluée par la presse espagnole comme l’une des meilleures du genre.

À la carte, on retrouve également le pulpo a feira (poulpe à la galicienne), une fricassée de poulpe, de crevettes et de palourdes, ainsi que les filloas, ces crêpes galiciennes qui, comme on le souligne ici avec un brin de fierté, « nous relient à des origines communes avec la Bretagne française et la culture celtique. »

Quelques libertés sont permises sur la carte parisienne : des ibéricos 100 % Bellota, un jambon et un chorizo AOP d’Estrémadure, ou encore un lomo AOP de Guijuelo. Des clins d’œil à la richesse du terroir espagnol, sans jamais trahir l’esprit galicien.
Une clientèle entre nostalgie et découverte
La Penela attire tout d’abord ceux qui souhaitent retrouver les saveurs de leur enfance.
« Parmi notre clientèle, on trouve beaucoup de fils et petits-fils d’Espagnols partis travailler en France il y a plusieurs décennies, de fins connaisseurs de la gastronomie galicienne. Il y a aussi des expatriés qui ressentent la morriña — ce mal du pays typiquement galicien — et la nostalgie des saveurs de chez eux. »

Les couples binationaux et les groupes d’amis espagnols, étudiants ou travailleurs, figurent aussi parmi les habitués.
Quant aux Français, certains ont découvert la Galice à travers le chemin de Saint-Jacques, les rías (vallées fluviales envahies par la mer, NDLR), la Costa da Morte ou encore le cap Finisterre. Pour les autres, La Penela constitue souvent une première rencontre avec ce « nord-ouest atlantique » encore méconnu.
Car le défi reste entier.
« La cuisine espagnole est encore parfois enfermée dans le triptyque tapas-jambon-paella à Paris. Faire connaître la cuisine galicienne est un travail de longue haleine. »
La maison mise donc sur la pédagogie, la patience et la constance.
La tradition comme réponse à la mode
Dans un paysage gastronomique où la fusion et l’audace sont souvent mises à l’honneur, La Penela assume pleinement sa différence.
« La tradition se défend bec et ongles ici. C’est une carte qui ne vous surprendra peut-être pas, mais qui ne vous décevra jamais. »
Et l’avenir ?
« Si Paris fonctionne bien et que nous y réussissons, nous tenterons peut-être l’aventure dans d’autres villes. Ce sera le début de nouvelles aventures. »
Pour l’instant, La Penela est bien là, rue de la Boule-Rouge, à cuisiner la Galice avec le soin de ceux qui n’ont rien à prouver. Car la tradition, lorsqu’elle est bien faite, traverse toutes les frontières.






