Première artiste au monde à composer et à interpréter du flamenco à la harpe, Ana Crismán collectionne depuis plusieurs mois les louanges de grands médias espagnols. Il faut dire qu’Arpaora, son premier album studio, est une oeuvre à part, d’une grande singularité, de celles que l’on n’aurait à peine osé imaginer… Un album qui redéfinit les codes du flamenco traditionnel et qui signe l’avènement d’une artiste dont vous n’avez pas fini d’entendre parler…
Ana Crismán, l’Irlande et le flamenco
Née à Jerez de la Frontera, berceau du flamenco, Ana Crismán est initiée dès son plus jeune âge aux différents palos qui façonnent l’âme musicale de la ville. Après des études de piano au conservatoire, elle obtient à l’Université de Grenade une licence en Histoire et sciences de la musique, avant d’exercer pendant plusieurs années comme professeure.
C’est au cours d’un voyage en Irlande qu’elle découvre la harpe celtique et se trouve saisie par une révélation. Par-delà les frontières musicales établies, elle ressent une profonde affinité entre les harmonies enchanteresses de la harpe et le duende du flamenco.
Dès lors, cette intuition première ne la quittera plus et c’est en autodidacte qu’elle s’initiera à la harpe afin de mettre à jour les fils invisibles qui relient ces deux univers musicaux…

Arpaora, quand le flamenco traditionnel s’éclaire d’un jour nouveau
Parfois, un disque vous prend par surprise et vous entraîne sur des chemins dont vous ne soupçonniez pas l’existence. Arpaora fait bel et bien partie de ces œuvres dont le parti pris artistique singulier éclaire d’un jour nouveau ce que vous pensiez connaître…
Une rencontre entre harpe et flamenco ?
De but en blanc, vous vous imaginez sans doute entendre du flamenco traditionnel magnifié par de flamboyantes enluminures baroques du plus bel effet. Mais c’est bien plus que cela…
Arpaora se vit comme un voyage dans l’espace et dans le temps, dans le sillage de la grande histoire du flamenco, d’Al-Andalus au Nord de l’Inde tout en passant par de majestueux palais moyen-orientaux. C’est un voyage au plus profond des racines du flamenco, comme si vous visitiez l’Alhambra, non dans sa version restaurée, mais dans l’éclat virginal de ses premiers jours…
Comment l’expliquer ? Est-ce dû au fait que, historiquement, la harpe est un instrument bien plus ancien que la guitare, émissaire phare du flamenco ? Ou au cheminement artistique si particulier d’Ana Crismán, qui n’a pas amené la harpe au flamenco, mais le flamenco à la harpe ?
Difficile à dire, mais le résultat est saisissant car une poignée de mesures suffit à constater que la révélation qui a frappé la musicienne andalouse est aussi la nôtre. Sous ses doigts graciles, des fils invisibles prennent vie, comme s’ils avaient toujours existé, n’attendant que d’être révélés. Comme une toile de maître dont l’éclat vous sauterait au visage pendant qu’on la restaure sous vos yeux.
Notre voyage commence par un Vereas del Sonío dont l’introduction évoque autant les terres brûlées d’Andalousie que son ciel d’azur apaisant. Bientôt rejointe par le chant sobre et profond de Jésus Mendez, Ana Crismán y déploie les fils d’un canevas harmonique en apesanteur entre flamenco traditionnel et musique baroque. Bluffant.
Introspectif et puissant, Quién Tiene un Don, en duo avec Vicente Soto Sordera, montre à quel point la harpe d’Ana Crismán peut arpenter sans efforts les sentiers les plus archaïques du flamenco. Face à la puissance de feu du cante jondo de Vincente Soto Sordera, Ana Crismán tisse une toile de syncopes acérées et d’arpèges virevoltantes, comme pour mieux l’envelopper, l’étreindre et finalement l’apaiser.
Après un Entretelas qui flirte avec les harmonies arabo-andalouses, Ana Crismán enfonce le clou avec l’exceptionnel Zambra de la Luz, dont la féérie se révèle comme un palais des milles et une nuits surgit au beau milieu du désert. Une mélopée onirique et envoûtante, magnifiée par de superbes envolées de flûte traversière et de choeurs incarnés.
Bien d’autres trésors vous attendent au fil de cet album que nombre d’aficionados considèreront bientôt comme un classique, à commencer par Casa Jereles, un morceau qu’Ana Crismán a composé en hommage à sa terre natale.
Si ces dernières décennies, le flamenco s’est réinventé de mille manières, il l’a le plus souvent fait au contact d’esthétiques contemporaines au premier rang desquelles le jazz et l’électro.
Ce premier album d’Ana Crismán, exceptionnel à bien des égards, a le mérite de proposer un regard neuf en plongeant au plus profond des racines de l’art andalou. Ainsi, la richesse harmonique de la harpe lui permet de révéler l’indicible, de mettre à jour quelques-uns ce ces non-dits que le flamenco nous cache encore aujourd’hui.
Ana Crismán au Studio de l’Ermitage

C’est le mercredi 18 mars sur la scène du Studio de l’Ermitage qu’Ana Crismán nous présentera Arpaora avec à ses côtés des complices de premier plan.
Le chant intense et habité de Luis de la Carrasca, les pulsations du cajón et des percussions de Juan Luis Fernández et la danse flamenca de Céline « La Rosa Negra » Daussan se joindront aux volutes de harpe ensorcelants d’Ana Crismán pour un concert qui s’annonce d’ores et déjà éblouissant.
Un concert à marquer d’une pierre blanche pour le Tout-Paris flamenco !
FICHE ALBUM

- Titre : Arpaora
- Artiste : Ana Crismán
- Date de sortie : 20 février 2026
- Label : Andalouse Alhambra
- Distribution : Inouïe Distribution





