Avec son premier long métrage, Diego Céspedes a signé une entrée fracassante dans le paysage cinématographique en remportant le prix Un Certain Regard à Cannes. Grand admirateur du cinéma de Lucrecia Martel — dont la découverte de La Ciénaga (2001) a constitué pour lui un véritable déclic — il livre avec Le Mystérieux regard du flamant rose un film aux accents résolument almodovariens, où se mêlent avec audace mélodrame, western et récit d’apprentissage.
Un souvenir traumatique
Tout créateur puise le plus souvent dans ses souvenirs d’enfance, des événements marquants ou des expériences singulières qu’il a vécues, pour nourrir son travail. Pour Diego Céspedes, le point de départ du film réside dans la découverte du VIH, une maladie qui a emporté plusieurs des amis proches de sa mère et qui a profondément effrayé l’enfant qu’il était. À ce sujet, le cinéaste confie : « J’ai grandi avec une mère hantée par le VIH. »
Le Mystérieux regard du flamant rose aborde de manière métaphorique la tragédie du sida tout en retraçant le parcours sensible d’une préadolescente. Le cinéaste chilien situe l’action dans les années 1980, au plus fort de l’épidémie du VIH, dans un village minier du désert d’Atacama.
La protagoniste, Lidia, 11 ans, grandit entourée d’affection dans un cabaret au sein d’une communauté queer soudée.

Un univers féérique marqué par la tragédie
Dès les premières scènes, Diego Céspedes déploie un univers féerique, indissociable toutefois d’une profonde dimension tragique. Ce monde singulier, traversé par un lyrisme assumé, se peuple de figures trans et travesties aux noms d’animaux, de spectacles queer, d’élans d’amour et de mort, de paillettes et de perruques, le tout porté par un sens aigu de la théâtralité qui évoque fortement le cinéma d’Almodóvar. L’ensemble est sublimé par la majesté des paysages et par la partition délicate de Florencia di Concilio.
Néanmoins, l’élément le plus marquant du film ne réside ni dans cette communauté queer vivant au rythme des fêtes, ni dans l’histoire d’amour tragique qui unit Yovani et Flamenco. Il se situe plutôt du côté de Lidia, adolescente en quête de sens face à l’étrangeté du monde qui l’entoure et véritable point d’équilibre du récit, tour à tour observatrice en retrait et protagoniste de sa propre histoire. « On pourrait dire que les yeux du film sont ceux de Lidia », résume le cinéaste.

Pour incarner l’intrépide Lidia, le cinéaste chilien a choisi Tamara Cortés : « Nous avons organisé un casting pendant un an, et Tamara est apparue à la toute fin. C’était Lidia : un peu rude, un peu sauvage, mais aussi calme, joyeuse, avec une pointe d’humour noir. Elle réunissait toutes les caractéristiques du personnage. Elle n’a jamais été intimidée par le fait de se retrouver au cœur de cette communauté, cela lui semblait naturel. Elle ne m’a posé aucune question et a accepté pleinement le monde dans lequel je l’ai plongée » nous dit-il.
Crédits photos : Arizona Distribution (photo de couverture)
FICHE DU FILM

- Titre original : La misteriosa mirada del flamenco
- De : Diego Céspedes
- Avec : Tamara Cortés, Matías Catalán y Paula Dinamarca
- Date de sortie : 18 février 2026
- Durée : 1h48
- Distributeur : Arizona Distribution





