Le temps, patient artisan, finit toujours par rétablir un certain équilibre des choses. Mais, dans le champ artistique, ce processus doit souvent beaucoup à l’engagement d’acteurs capables d’en accélérer le cours et d’en orienter la visibilité. Ces dernières années, la galerie Lelong s’est ainsi attachée à remettre sur le devant de la scène des femmes artistes, notamment originaires d’Amérique latine, qui — à l’image de Sarah Grilo — demeurent largement sous-représentées en dépit de la qualité de leurs œuvres.


De Buenos Aires à Paris et Madrid tout en passant par New York…

Née à Buenos Aires en 1917, Sarah Grilo fait son entrée dans le monde de la peinture au cours des années 1950 avec une œuvre figurative largement influencée par le cubisme. Son travail évolue rapidement vers l’abstraction géométrique quand elle rejoint le groupe Artistas Modernos de la Argentina au sein duquel elle est l’unique femme.

Entre 1954 et 1961, Sarah Grilo séjourne à Paris, période durant laquelle son abstraction s’imprègne d’un lyrisme croissant. En 1962, une bourse Guggenheim lui ouvre les portes de New York. La découverte d’un environnement urbain radicalement nouveau, conjuguée à l’énergie de la scène artistique américaine, marque un tournant majeur dans son parcours. Les éclats visuels de la ville — enseignes lumineuses et messages publicitaires — nourrissent alors des compositions vibrantes, où chiffres, lettres, graffitis et slogans se mêlent aux coulures picturales. À partir de 1970, Sarah Grilo développera ce langage plastique à Paris et à Madrid, et ce jusqu’à sa disparition en 2007.

Bien y mal, 1983
de Sarah Grilo
Bien y mal, 1983 – Huile sur toile 89 × 116 cm © The Estate of Sarah Grilo / Courtesy Galerie Lelong

Des œuvres des années 1970 et 1980

Présentée à la galerie Lelong pour la troisième fois — après des expositions en 2018 et 2021 et la quatrième au total si l’on inclut celle organisée à New York en 2024 — cette exposition de Sarah Grilo réunit, dans l’espace de la rue de Téhéran, des œuvres réalisées au cours des années 1970 et 1980. Une période durant laquelle l’artiste partage son temps entre Paris et l’Espagne, notamment Madrid et Marbella.

Comme le souligne l’équipe de la galerie, « elle aimait alors jouer avec les permutations, les fragmentations et les renversements d’éléments, une démarche qu’elle associait à une réflexion d’ordre mathématique : « El orden de los factores no altera el producto » (« l’ordre des facteurs ne modifie pas le résultat »). De cette idée naît notamment le titre de l’une de ses toiles, Desorden de los factores. »

Portrait de Sarah Grilo, 1960
Portrait de Sarah Grilo, 1960s – Photographie © Hans Namuth

En attendant une future rétrospective dans un musée français, cette exposition s’impose comme un rendez-vous à ne pas manquer, consacré à une artiste longtemps négligée et qui retrouve progressivement sa place dans le paysage de l’art contemporain.

À noter également qu’à la librairie, située aussi rue de Téhéran, sont présentées des estampes de Pierre Alechinsky, Jacqueline De Jong et Asger Jorn, trois figures majeures de l’avant-garde européenne des années 1950 et 1960, tous membres du groupe CoBrA.

Enfin, côté Matignon, l’exposition You Must Change Your Life met en lumière les peintures vibrantes aux couleurs intenses et à l’esthétique résolument cinématographique de l’artiste israélien Guy Yanai.

Crédits photo principale : Sarah Grilo, Dos días, 1983- Huile sur toile, 150 × 150 cm © The Estate of Sarah Grilo. Courtesy Galerie Lelong


INFORMATIONS PRATIQUES


Sans titre, 1977
Sans titre, 1977- Huile sur toile 101 × 55 cm © The Estate of Sarah Grilo / Courtesy Galerie Lelong
  • TITRE : Sarah Grilo, Paris ↔ Madrid
  • LIEU : Galerie Lelong
  • ADRESSE : 13, rue de Téhéran / 38 avenue Matignon 75008 Paris
  • HORAIRES : Lelong Téhéran : du mardi a vendredi de 10h30 à 18h et le samedi de 18h à 14h30 / Lelong Matignon : du mardi au samedi de 11h00 à 19h (Matignon)
  • DATES : jusqu’au 7 mars
  • ENTRÉE : libre
  • RENSEIGNEMENTS : Galerie Lelong