Sélectionné à La Mostra de Venise où il a remporté le Prix du public, Rue Malaga, le dernier film de la réalisatrice marocaine Maryam Touzani, est une superbe histoire d’enracinement, d’amour et de mémoire dont l’action prend place dans la ville de Tanger. Un film porté par l’époustouflante interprétation de la grande Carmen Maura, qui incarne avec panache María, une femme de 79 ans espiègle et profondément touchante qui refuse d’abandonner sa maison et de se plier aux conventions sociales.
Le film le plus intime et personnel de Maryam Touzani
Lorsque María reçoit la visite de sa fille Clara (Marta Etura), venue de Madrid, elle est loin d’imaginer que celle-ci souhaite lui proposer de vendre la maison où elle a toujours vécu à Tanger. Pour María, quelque chose se brise définitivement ce jour-là. D’un côté, elle ne reconnaît plus cette fille prête à la déloger pour de l’argent ; de l’autre, elle se retrouve démunie face à la perte imminente de ce lieu qui constitue tout son univers. Après un premier moment de sidération et de repli, María décide de résister et de conserver sa maison coûte que coûte.
Rue Malaga, troisième long métrage de Maryam Touzani, s’affirme comme son film le plus intime. À l’origine du projet, il y a le décès soudain de sa mère d’origine espagnole, une perte qui a laissé la réalisatrice face à un sentiment d’absence irréparable.
Le cinéma devient alors un espace de rapprochement, presque un geste de consolation. De cette nécessité intime naît naturellement le personnage de María Angeles, inspiré de sa grand-mère andalouse.
« J’avais besoin de continuer à sentir les plats espagnols que ma mère cuisinait, de retrouver ses gestes à travers la tortilla ou les croquetas qu’elle adorait me préparer… Sentir ces odeurs sur le plateau, entendre à nouveau l’espagnol autour de moi, était une manière de panser mes plaies, de transformer ma douleur. Et puis, Rue Malaga est le premier long métrage que je tourne à Tanger. C’est bien sûr la ville où je suis née et où j’ai passé ma jeunesse, mais c’est surtout ma mère pour moi. Chaque coin de rue me rappelle un souvenir », explique-t-elle ainsi.

Un film qui célèbre la vie
À travers le personnage de María Angeles, interprété par une Carmen Maura au sommet de son art, la réalisatrice invite naturellement à célébrer la vie en proposant une autre représentation de la vieillesse. Celle d’une femme qui choisit d’aller de l’avant, qui prend son destin en main et s’autorise même à connaître l’amour.
« Je pense que la vieillesse est belle et que c’est un luxe de vieillir, une véritable chance. Chaque ride qui se creuse sur notre visage est la consécration d’une vie que nous avons eu le privilège de savourer, avec son lot de joies et de souffrances. C’est pour cette raison que j’ai voulu célébrer la vie à travers cette femme. Et célébrer la vie, c’est aussi célébrer l’amour, un amour trop souvent perçu comme à la limite du respectable à un âge avancé », confie Maryam Touzani.

Le film propose par ailleurs de magnifiques scènes de complicité entre Carmen Maura et son partenaire, l’acteur Ahmed Boulane, parfois empreintes d’une grande sensualité. La réalisatrice y sublime des corps marqués par le temps, portés par la musique du boléro Toda una vida de María Dolores Pradera.
Rue Malaga se présente également comme un hommage à la ville de Tanger, cité portuaire située à seulement 14 kilomètres de l’Espagne, carrefour de cultures ayant vu passer des populations venues du monde entier. La ville y apparaît comme un symbole puissant de tolérance et de vivre-ensemble.
Crédits photos : Les films du Nouveau Monde (photo de couverture)
FICHE DU FILM

- Titre original : Rue Malaga
- De : Maryam Touzani
- Avec : Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane
- Date de sortie : 25 février 2026
- Durée : 1h56
- Distributeur : Ad Vitam





