Depuis ses débuts au cinéma, Teresa Villaverde s’intéresse aux laissés-pour-compte de la société. Os Mutantes (1998) en est la parfaite illustration. Marqué par une rage et une sensibilité résolument féminine, ce film mettait en scène des adolescents en rupture totale avec le monde. Cette fois-ci, la cinéaste lisboète porte son regard sur les blessures de celles et ceux qui ont été frappés par les incendies dévastateurs de 2017.
Des feux mortels
C’est au cours d’un trajet en voiture, en empruntant une route bordée de forêts calcinées, que Teresa Villaverde a pris la mesure de l’ampleur des incendies qui ont ravagé la région de Leiria, au centre du Portugal. Soixante-cinq personnes y ont perdu la vie, pour la plupart piégées par les flammes alors qu’elles se trouvaient dans leur véhicule.
« Le silence qui y régnait était saisissant. Plus d’oiseaux, plus d’animaux, plus aucun bruit. Un silence tellement dense qu’il semblait devenir une présence. Puis, au cours du même trajet, j’ai aperçu une femme assise sur une chaise, seule, au bord d’une route, un peu à l’écart d’un village. Elle contemplait la vallée et la montagne en face d’elle, entièrement brûlées. » dit-elle ainsi.
Cette femme et ces paysages noircis n’ont plus quitté la réalisatrice, qui, peu de temps après, est retournée sur place et a commencé à rencontrer des survivants en se rapprochant des associations de victimes. Teresa Villaverde a rapidement compris que, malgré les destructions, les habitants ne voulaient pour rien au monde quitter leurs villages brûlés, qui restaient, envers et contre tout, leur maison.
« C’est cela qui m’a intéressée. C’est sur cette fidélité douloureuse aux lieux, ce lien invisible entre les vivants et leurs disparus que je voulais travailler. Peut-être, d’une certaine façon, mon film est-il un hommage non pas aux morts, mais à ceux qui restent. » ajoute-t-elle.

Les survivants
Le film de Teresa Villaverde se concentre sur un petit groupe de survivants : Justa, une fillette qui donne son titre au film et en est la protagoniste, son père grièvement brûlé qui tente de retrouver une vie normale en dépit des séquelles, une femme âgée devenue aveugle après avoir perdu son mari, ainsi qu’un adolescent lui aussi frappé par la tragédie.
À travers sa caméra, la cinéaste donne à voir les traces laissées par la catastrophe dans leurs existences. Pour exprimer la douleur et le sentiment de désolation, Villaverde choisit de faire évoluer ses personnages dans une profonde solitude face au monde, comme figés dans un état de sidération qui les empêche de reprendre le cours de leur vie, porteurs d’une blessure irréversible.

Le paysage occupe une place centrale dans le récit. Les images de cette nature calcinée sont silencieuses et lourdes de mémoire et semblent entrer en résonance avec le poids que portent les personnages. À noter également le travail sonore du film, d’une grande richesse de composition : chants d’oiseaux — notamment ceux qui peuplent la nuit — et bruissements animaux accompagnent le retour lent et obstiné de la vie sur ces terres meurtries.
Crédits photos : Epicentre Films (photo de couverture)
FICHE DU FILM

- Titre original : Justa
- De : Teresa Villaverde
- Avec : Madalena Cunha, Betty Faria, Ricardo Vidal
- Date de sortie : 25 février 2026
- Durée : 1h28
- Distributeur : Epicentre Films





