Il est l’un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération. Après Damned Summer, portrait d’une jeunesse lisboète désenchantée en pleine dérive, le réalisateur Pedro Cabeleira signe avec son second long métrage, Entroncamento, présenté l’an dernier à l’ACID à Cannes, un film qui plonge le spectateur dans les bas-fonds d’une ville frappée de plein fouet par la crise économique où les perspectives de s’en sortir se font rares.
Une histoire chorale portée par une protagoniste féminine
C’est à Entroncamento, ville située au centre du Portugal dont le nom donne son titre au film, que se déroule l’histoire. Ce carrefour ferroviaire traversé par deux grandes lignes de chemin de fer est une présence constante dans le film. À la fois proche et éloigné de la capitale, la ville s’apparente à une sorte de no man’s land, symbole d’une halte peu désirable, où personne ne souhaite réellement s’arrêter.
Sur place évolue une nuée de personnages particulièrement hétéroclites, issus pour la plupart de la petite délinquance. Parmi eux se trouve Laura, la jeune protagoniste interprétée par la magnétique Ana Vilaça. Si, au tout début, Cabeleira avait imaginé un personnage masculin, il a rapidement revu son scénario co-écrit avec Diogo Figueira afin que le point de vue du personnage principal soit celui d’une femme : « J’ai pensé que cela rendrait l’histoire plus riche, qu’ainsi Laura aurait toujours une longueur d’avance, et que face à elle les hommes auraient l’air de petits garçons voulant jouer aux gangsters, obligés de déconstruire leur hypermasculinité » explique le réalisateur.

Un film imprégné de réalisme social
Dans Entroncamento, Pedro Cabeleira ne se contente pas de raconter une simple histoire de délinquance liée au trafic de drogue. À travers le personnage de Laura, cette jeune femme qui, en dépit de son désir de changer de vie, retombe dans la criminalité, le réalisateur évoque le déterminisme social, soit la difficulté — voire l’impossibilité — de s’extraire de son milieu.
Au fur et à mesure que le récit progresse, le cinéaste explore également d’autres thèmes, comme le racisme dont est victime Gilinho, incarné par l’acteur non professionnel d’origine gitane Henrique Barbosa, la précarité du travail ou encore la violence qui gangrène une société appauvrie par un système capitaliste laissant de nombreux individus au bord du chemin.

La mise en scène proche du documentaire, magnifiée par une caméra à l’épaule, imprime un sentiment de mouvement constant à Entroncamento et lui confère ce réalisme si caractéristique du cinéma de Cabeleira. Notez également que le film embarque une bande originale aussi excellente qu’éclectique qui va du rap à la techno tout en passant par une magnifique pièce pour piano de Debussy qui suit les pas de la protagoniste.
À l’image du cinéma de Martin Scorsese, de Michael Mann ou de Wim Wenders, Entroncamento est un film d’antihéros qui brosse un tableau sans concession d’une partie de la société portugaise et d’une génération en souffrance.
Crédits photos : Nour Films (photo de couverture)
FICHE DU FILM

- Titre original : Entroncamento
- De : Pedro Cabeleira
- Avec : Ana Vilaça, Cleo Diára, Rafael Morais, Henrique Barbosa
- Date de sortie : 24 juin 2026
- Durée : 2h11
- Distributeur : Les Alchimistes Films






