Elle s’est révélée au grand public avec Trois sœurs (Abrir puertas y ventanas), couronné du Léopard d’or au Festival de Locarno. Avec Las Corrientes, son troisième long métrage, la réalisatrice suisso-argentine Milagros Mumenthaler compose un thriller psychologique sombre et élégant aux accents hitchcockiens. Elle y esquisse le portrait d’une jeune femme au sommet de sa carrière, mais traversée par un mal-être aussi puissant que mystérieux.


Lina versus Catalina

Au commencement, il y a Lina, en voyage à Genève pour recevoir un prix saluant sa carrière professionnelle. Elle déambule dans la vieille ville, achète une broderie chez un antiquaire, puis, en traversant un pont, se jette à l’eau, comme hypnotisée par le courant. Elle est sauvée in extremis. L’épisode s’arrête là : elle rentre en Argentine sans rien dire à personne.  

À 34 ans, cette styliste reconnue, installée dans un quartier huppé de Buenos Aires, semble avoir tout pour être heureuse : une carrière accomplie, un mari aimant (Esteban Bigliardi) et une petite fille (Emma Fayo Duarte) qui l’attend à la maison. Mais depuis son voyage en Suisse, quelque chose s’est brisé au plus profond de son être. C’est alors que Lina redevient Catalina, comme on l’appelait dans sa jeunesse, une femme habitée par les blessures silencieuses du passé. Désormais, elle semble absente de sa propre existence et développe, au fil du récit, une étrange phobie de l’eau.

Image du film Las Corrientes
Image du film Las Corrientes © Dulac Distribution

Une héroïne hitchcockienne

Cette femme en pleine crise existentielle est interprétée avec une grande justesse par Isabel Aimé González Sola, qui parvient à façonner un personnage intrigant, drapé d’un voile de mystère à l’image des héroïnes hitchcockiennes. Lina — ou Catalina — est habitée par une faille intime qui semble puiser sa source dans le passé. Elle se situe quelque part entre la Tippi Hedren de Marnie et la Kim Novak de Sueurs Froides.

Certains accords de Les Planètes du compositeur britannique Gustav Holst évoquent également les harmonies de son homologue américain Bernard Herrmann. Une filiation musicale qui renforce encore la dimension hitchcockienne de Las Corrientes.

Image du film Las Corrientes
Image du film Las Corrientes © Dulac Distribution

Le film est porté par une photographie remarquable et par de sublimes vues de Buenos Aires, notamment dans la saisissante scène du phare du Palacio Barolo : « Cette scène est la plus directement inspirée de Mrs Dalloway de Virginia Woolf. À ce moment, nous sommes avec Lina, mais aussi, simultanément, avec d’autres personnages, ou des projections d’elle-même sur ces personnages, tous illuminés par la lumière tournante qui balaie la ville. Et tous les chemins, d’une manière ou d’une autre, mènent à ce passé non résolu que Lina doit réussir à affronter », explique la réalisatrice.

Bande-annonce du film Las Corrientes de Milagros Mumenthaler (2026)

Crédits photos : Dulac Distribution (photo de couverture)


FICHE DU FILM


Affiche du film Las Corrientes
Affiche du film Las Corrientes de Milagros Mumenthaler (2026)
  • Titre original : Las Corrientes
  • De : Milagros Mumenthaler
  • Avec : Isabel Aimé Gonzalez Sola, Esteban Bigliardi, Emma Fayo Duarte, Claudia Sánchez
  • Date de sortie : 18 mars 2026
  • Durée : 1h40
  • Distributeur : Dulac Distribution