Avec Nuit Parisienne à La Havane, Roberto Fonseca et Vincent Ségal ont signé l’un des albums les plus renversants de ce début d’année. Si dans l’Histoire de la musique – et du jazz en particulier – les rencontres entre cadors n’ont pas toujours débouché sur des sommets de musicalité, ce n’est assurément pas le cas avec ce Nuit Parisienne à La Havane, aussi élégant qu’inspiré. Retour sur la génèse de ce magnifique album avec ses deux auteurs…


Vous avez sorti fin janvier votre premier album en duo, Nuit Parisienne à La Havane. Vous vous connaissez depuis longtemps mais n’aviez jamais collaboré de manière aussi étroite jusque-là. Quel a été le déclencheur de ce premier album en duo ?

Vincent Ségal : Roberto m’avait invité à jouer librement à un festival de cinéma latino-américain à Biarritz. La musique avait une grande liberté, mais était en osmose, alors Roberto a eu l’idée de faire un enregistrement dans cet esprit… 

Roberto Fonseca : Nous nous étions rencontrés en Italie une première fois et il y a ensuite eu Biarritz et le festival de cinéma. Au départ, c’est mon manager, Daniel Florestano, qui avait eu l’idée de ce duo qui prenait la forme d’une improvisation sur des images. Puis, en 2023, Dani est revenu avec cette idée de collaboration, car nous avions en effet ressenti une réelle complicité entre nous à Biarritz. J’ai accepté l’idée et nous avons enregistré l’album très vite.

Roberto Fonseca et Vincent Ségal

« Il y a eu peu de prises et les sessions d’enregistrement ont été très émouvantes… »

Nuit Parisienne à La Havane a été enregistré en cinq jours seulement. Comment s’est déroulée la préparation en amont et le travail en studio ?

R.F Il n’y a pas eu de préparation à proprement parler, j’avais seulement quelques idées en tête. J’ai composé à l’hôtel où nous étions hébergés, près du studio à Meudon, et le reste du processus créatif s’est poursuivi là-bas. 

V.S En amont, chacun a appris les mélodies proposées et la structure des morceaux afin de pouvoir les jouer librement, mais aussi avec conviction et intensité une fois en studio. Du coup, il y a eu peu de prises et les sessions d’enregistrement ont été très émouvantes. 


En studio, y a-t-il eu des moments de lâcher prise qui vous ont amené à revoir complètement la direction initiale d’un morceau ?


V.S Pas du tout, mais il y a des structures et des changements de styles créés in situ, à l’enregistrement. Mais la simplicité des thèmes imposait de les suivre et de chanter intérieurement. 


Vincent, dans votre parcours artistique, à quelles occasions avez-vous été amené à vous plonger dans la musique cubaine ? Votre proximité avec Ana Carla Maza nous vient de suite en tête, mais vous avez sans doute d’autres expériences à raconter ? 


V.S – Oui, la famille Maza est une belle famille musicale et j’ai connu Ana Carla parce que j’avais enregistré pour Label Bleu avec son père, Carlos. Adolescent, j’écoutais beaucoup de musique cubaine, surtout des 78 tours GV (série de rééditions du label HMV destinées au marché africain, NDLR) comme septeto Matomoros, sexteto Habanero puis Benny Moré avec Pérez Prado, Bola de Nieve, il y avait aussi les disques Panart avec Célia Cruz, Perruchin, Julio Gutiérrez, Salvador Vivar puis les Egrem avec Jorrin etc… Mais comme j’ai rencontré très jeune Nana Vasconcelos et que j’ai pu partir avec lui au Brésil, j’ai beaucoup plus joué et enregistré au Brésil, en particulier avec Carlinhos Brown et Ceumar. Mais mon épouse étant antillaise, je suis très sensible à l’histoire des Caraïbes… 


L’une des grandes forces de Nuit Parisienne à La Havane, c’est la puissance évocatrice de chacune des pièces qui le composent. Chaque morceau est construit comme une saynète qui véhicule ses propres émotions. L’association piano-violoncelle crée une atmosphère très cinématographique…

V.S – C’est vrai, il y a un côté cinématographique dans cet album. C’est lié à notre façon de jouer, il y a beaucoup d’espace, de danse, de visions dans le jeu de Roberto. Je rentre à l’instant d’Abbey Road où j’ai encore enregistré en tant qu’interprète pour un film américain. Le compositeur est Daniel Pemberton, il est très bon, j’imagine qu’il m’a fait venir à Londres parce que j’ai une manière d’évoquer des images avec mon style de jeu, c’est sans doute ça, même si c’est difficile de savoir précisément ! Mais c’est vrai que j’ai joué sur beaucoup de musiques de films et ça a sûrement eu un effet sur ma façon de jouer en général. Mes collaborations avec Alexandre Desplat ont été très formatrices, j’ai commencé à jouer pour lui à 22 ans et j’en ai presque 60 aujourd’hui !  

Roberto, écrire une musique de film, c’est une expérience qui vous tenterait ?

R.F – Je n’ai pas encore composé de BO, mais ma musique a déjà été choisie pour des films comme Hancock de Peter Berg, avec Will Smith, ou pour des campagnes publicitaires pour la marque de luxe Tiffany qui souhaitait une ambiance à la fois mystique et dynamique. J’aimerais beaucoup explorer ce monde de la composition de musiques de films, j’ai déjà quelques propositions en ce sens, donc ça devrait très certainement se concrétiser.

Vous allez maintenant défendre l’album sur scène, avez-vous des dates prévues prochainement, peut-être une tournée des festivals cet été ?

R.F – Oui, en effet, nous avons déjà pas mal de dates… 

V.S – Nous allons beaucoup jouer dans des théâtres en France, Suisse, Espagne et cet été dans des festivals comme Django Reinhardt ou Marciac. C’est toujours un grand bonheur de jouer tous les deux ! 

Retrouvez ici notre chronique de Nuit Parisienne à La Havane !

Crédits photo principale : Roberto Fonseca et Vincent Ségal © Johann Sauty